mercredi 1 mars 2017

Regatta at Toowong Village...

Au lever, le ciel s’épanouit d’un bleu azuréen  en l’absence des nuées. Sa tranquillité est perturbée en milieu de matinée à l’approche d’une colonie cotonneuse dissipée qui envahit sa toile immaculée.
Le changement est de mise pour le déjeuner. André et Patrick se rendent chez Vegeto au Queen’s Plaza. Ils sortent de la tour Regis, croisent une jeune femme en robe rouge seyante, échangent un sourire avec une dame qui se restaure debout à l’ombre sur la rue Makerston, sont frôlés à une extrême vitesse au passage piéton par un agile voltigeur sur sa planche à roulettes, sont salués par la vendeuse blonde assise contre un vitrage le long de la rue George qui propose pour sept dollars le magazine The Big Issue, riche d’opportunités pour les homeless et les personnes marginalisées. Elle échange des sourires et des signes de la main avec le couple, exprime son bonjour en français, enchantée de ces échanges épisodiques le long de la rue George avec le couple depuis son arrivée à Brisbane. Au croisement avec Adelaide, au passage piéton, deux techniciens en tenue de travail d’une société d’ascenseur bavardent avant de traverser. Dans la rue piétonne, un divertissement se déroule sur la scène du Queen Street Mall stage. Les spectateurs assis les chaises pliantes devant l’estrade applaudissent une jeune fille qui récite le texte d’un feuillet tenu entre ses doigts.
Parvenus au Queen’s Plaza à l’angle avec Edward Street, la toute menue Arshpreet, au charmant minois hindou, accueille André et Patrick chez Vegeto. Elle ébauche un sourire devant leur hésitation à choisir les mets et leur sert du riz agrémenté d’un curry de pois-chiches. Les mets sont savourés dans la salle centrale commune à tous les comptoirs alimentaires. A la table voisine, à la droite d’André, un couple de papy mamie surfe sur Internet ; le wifi est gratuit dans le centre commercial comme un peu partout dans la ville. La dame glisse ses doigts sur l’écran tactile de son mini iPad pour faire défiler les informations d’un réseau social. Le monsieur s’active sur son iPad avec concentration.
Le repas terminé, le brouhaha s’estompe en montant l’escalator qui arrive au niveau de la rue Queen. André et Patrick effectuent un retrait d’espèces à la proche Citibank. Une jeune femme italienne, en robe fleurie, succède au couple devant le distributeur. Un échange enjoué en français est apprécié. Ils se dirigent ensuite vers le marché hebdomadaire dans le dessein de déguster une douceur après le frugal repas. L’étal de Tripe B Bakery propose la célèbre pâtisserie originaire de Sicile. Deux Canolli Roll sont achetés pour sept dollars. Le couple s’installe sur une banquette en pierre parmi les stands et les participants du marché. Les petits rouleaux fourrés de ricotta, un peu trop saupoudrés de sucre glace pour André, dévoilent leur saveur. En promenant son regard, il remarque sur la toile d’un chapiteau le logo de l’entreprise Oztrail qui commercialise certains gazébos du marché.
Le voyage des papilles se termine. Celui d’André et Patrick se continue en allant prendre le ferry à l’embarcadère de North Quay. Une flopée de personnes est présente sur le ponton. Un caboteur rouge et blanc accoste. Le quai se vide et le bateau-mouche City Hopper se remplit. Il assure un service gratuit de promenade sur le fleuve. Quelques instants plus tard, les cheveux des deux savoyards volent au vent à la proue du ferry qui les dépose deux stations plus loin au débarcadère de Regatta. André a lu sur Internet que le ponton existe à cet emplacement grâce à la présence intemporelle d’une bâtisse de charme, raison de leur présence au village de Toowong. Le ciel, grand bleu, s’amuse à esquisser avec joliesse des fioritures opalines sur sa toile. André profite de l’harmonie de cet arrière-plan pour photographier à plusieurs reprises les façades exubérantes de l’emblématique Regatta Hotel, construit en briques, qui trône à l’angle de Coronation Drive et de Sylvan Road. Il rejoint ensuite Patrick devant l’entrée en angle de l’établissement au passé prestigieux. Il admire les balustrades des vérandas qui furent ornées de laçages en fonte exécutés par une équipe de ferronniers d’art vers la fin du dix-neuvième siècle. Celles du premier niveau furent submergées de nombreuses fois par les flots tumultueux. La dernière rénovation de ces dames peintes en blanc lactescent remonte à quelques années en arrière.
A l’intérieur, plusieurs bars se répartissent le rez-de-chaussée. Les briques apparentes se déclinent aujourd’hui en nuances d’ocre brun. Les comptoirs en alignement des bars reflètent les courbes gracieuses des vérandas ; une cheminée siamoise, dos à dos, se demande distraitement à quand remonte la dernière flambée. La salle toute en longueur est animée par le brouhaha des conversations. André et Patrick la traversent pour aboutir à une terrasse paisible et ombragée nichée derrière les trois niveaux de la vaste bâtisse. Hannah, une jeune fille blonde, affairée au nettoyage de l’armoire réfrigéré des boissons froides d’un ultime bar, ressent la présence d’André. Elle lève la tête, sourit, se redresse et prend la commande de deux cappuccinos. Le couple s’installe à une petite table ronde haute. Les regards se promènent. Des lampions mauves sont suspendus au-dessus de divers salons de jardin en bois et tissu, agrémentés de coussins.  Une bouteille à taille humaine et une petite roulotte fleuries vantent la marque du vin de Chambord. Les cafés sont servis dans des tasses en porcelaine noire. La courte phrase Coffee is my life, Le café est ma vie, se révèle en caractères aux déliés blancs sur les soucoupes. Patrick évoque le contenu du livre de Yukio Mishima dont la lecture est terminée. La grande aiguille de l’horloge effectue une rotation. André et Patrick remercient Hannah et traversent à nouveau le rez-de-chaussée de l’hôtel pour sortir. André en profite pour admirer le magistral escalier en bois précieux qui dessert les deux étages supérieurs. Il prend son reflet en photo dans le grand miroir vertical au cadre en bois finement travaillé présent contre le mur tapissé devant les marches. Avant de rejoindre Patrick, il demande à Julia si un historique du Regatta est disponible. Outres les photos anciennes qui tapissent certains murs de l’hôtel, seul le web pourra fournir des informations.
André et Patrick décident d’aller visiter le centre commercial du Toowong Village, repéré lors du trajet vers le sanctuaire des koalas, situé à moins d’un kilomètre à pieds. Un Food Court et un marché de fruits et légumes accueillent les estivants. Au comptoir Bakers Delight, deux scones aux raisins, dont un au chocolat, sont achetés pour le dîner auprès de Kate. Le prix unitaire de deux dollars est vraiment bas au regard des superbes pâtisseries. Une bibliothèque publique a pris place au dernier niveau. Devant l’entrée, diverses informations illustrées sont présentes. Le centre commercial fête ses trente ans cette année. André apprend que le mot Toowong provient d’un mot aborigène qui décrit le chant du coucou sauvage endémique australien, le Koel. Après une balade dans la bibliothèque où la façade ancienne de l’hôtel Royal Exchange sur High Street est admirée depuis un vitrage, la superbe boutique pour la maison et la salle de bains Bed Bath N Table, superbement achalandée, est visitée. Le gant de toilette recherché par André est inconnu. Patrick regarde les invites qui manquent de douceur. Après la découverte du complexe feutré et à taille humaine, André et Patrick retournent à l’embarcadère Regatta. Les zones ombragées sont rares pour se protéger des rayons brulants du soleil. En attendant le prochain Ferry, André lit succinctement les informations d’un panonceau sur Toowong. Il apprend que l’hôtel Regatta tient son nom des nombreuses régates qui se déroulèrent sur le fleuve au siècle dernier. Les clients de l’hôtel furent aux premières loges pour assister aux courses de yachts, aux compétitions d’avirons et de skiffs ; au grand dam des ferrys perturbés dans leurs constantes progressions sur le fleuve.
Sur le ferry, Doug qui a compris qu’André était français, est attentif au bon déroulement  de sa traversée. De retour à North Quay, André et Patrick se rendent au marché pour récupérer les douceurs chez Sôl Breads. Des bananes rouges Red Dacca sont achetées à l’étal Snake Gully Bananas. Kurt indique à André que les fruits seront bons à manger dès demain. Après un bavardage, le couple apprend que  Kurt et sa compagne Carly exploitent à une heure de Brisbane la plantation familiale de bananes, initiée par le grand-père de Kurt dans les années trente, située sur les crêtes escarpées de Rocksberg, à l’ouest de Caboolture. Avec un éclat de rire, l’agriculteur ajoute avoir repris la ferme paternelle à l'âge de quatorze ans.
Après un court trajet sur Queen, André et Patrick rebroussent chemin pour se rendre au café de la State Library sur Stanley Street. La jeune Sidra, à la silhouette menue et délicate, leur apporte à table les mêmes boissons appréciées hier.
Le retour à la tour Regis s’effectue en traversant le pont William Jolly Bridge. Sur la partie gauche, à l’entrée du pont, la façade design d’un petit bâtiment de bureaux révèle un embrouillamini de plaques et de morceaux de verre coloré, aux reflets arc en ciel, du plus bel effet.
Lors du coucher de soleil, les tours de télévision sur le mont Coot-tha s’auréolent d’un halo de lumière rouge incandescente qui accentue le relief de leurs formes élancées. Le manteau nuageux escarpé et dentelé permet au soleil d’utiliser sa palette pour peindre d’étonnantes couleurs chatoyantes…


































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