Au lever à six heures, le ciel bleu pastel se
teinte aux confins d’un voile églantine qui se pose délicatement sur les flots
encore endormis. Un peu plus tard, un superbe oiseau, aux ailes à l’envergure
majestueuse, traverse le ciel bleu azur. Son profil dévoile un bec blanc fuselé
qui fend sereinement l’air matinal.
Un peu avant huit heures, André et Patrick
prennent le petit-déjeuner quelque part en Tanzanie. André déguste des dattes
des Emirats et des arachides indonésiennes avec deux bananes à la peau tigrée.
Voyager offre de découvrir de nouvelles sensations gustatives. Malgré la magie
d’Internet, il est souvent impossible de commander par la suite les produits
locaux des pays traversés. Sensibles à cette réalité, les papilles apprécient
d’autant plus la saveur des mets de ces contrées éloignées. Patrick trempe sa
sélection de viennoiseries et de brioches dans une boisson chaude au cacao. La
collation se déroule sous les regards absents des masques africains qui décorent
la paroi murale à la poupe du navire.
La matinée se dessine dans le confort de la
cabine. Lecture, écriture, ouvrage sur ordinateur et iPad étoffent son
déroulement. Vers dix heures Patrick remarque la présence de bateaux de pêche
aux alentours du navire. Une heure plus tard, il invite André à le rejoindre
sur le balcon pour contempler des dauphins qui batifolent joyeusement dans un
ballet aquatique improvisé. Le couple s’émerveille de leur cabriole et de leur
bond qui se terminent dans des jaillissements d’écume. Le chargement des photos
sur le blog est encore en cours à midi. La connexion Internet est lente. Une
trentaine de minutes sont nécessaires pour terminer la publication sur le site.
Le couple déjeune ensuite au buffet. Du gâteau de pomme de terre au fromage fondu
Fontina et des légumes grillés à la
sauce pesto sont sélectionnés au buffet. Durant le repas apprécié, André remarque
la présence de gracieux oiseaux blancs. Ils évoluent au ras des flots en survolant
la crête des vagues indolentes, lisses et sirupeuses, qui se plissent dans une
ondulation sans fin. Le navire glisse sur les flots calmes de la mer d’Arabie
pour se diriger vers le golfe d’Aden. Il longe au large les côtes du Sultanat
d’Oman.
Des cappuccinos sont sirotés au pont sept. Le barista
Gusti Sugianta détaille le fonctionnement
de la carte au regard du package et brosse un portrait alléchant des
différentes spécialités à base de café. Les instants de détente caressent les
minutes complices. Plus tard, Patrick lit sur le Kindle assis sur un des deux
sièges entoilés du balcon avant de se rendre à une conférence à quinze heures. André
œuvre sur l’ordinateur. Durant une période de narration dissipée, André
sort régulièrement sur le balcon pour profiter du panorama marin qui s’étend à
perte de vue. La température est chaude, le soleil darde des rayons brulants
qui percutent les flots dans un scintillement argenté. La peluche colorée,
posée à droite de l’écran, accompagne l’écrivain distrait par une rêverie vagabonde.
A l’issue de l’exposé en images, Patrick photographie
quelques figurines en bois avant de rejoindre son mari. Ils se rendent ensuite
au buffet pour siroter une boisson chaude. L’après-midi se continue dans un
rythme empreint de la lenteur du navire.
Le couple dîne à dix-huit heures au buffet. André
rejoint Patrick après un achat de douceurs sur la Piazza San Giorgio au pont six où la souriante balinaise Juli Ketut utilise la carte de la cabine
pour l’impression du ticket de caisse. Installé au bord du vitrage, le couple
contemple les flots. Au jour déclinant, l’horizon est embrasé d’or et d’ambre. Le
disque solaire, baigné d’un halo vaporeux de lumière opaline, projette des
rayons mordorés qui dessinent un sillon ivoirin sur les vagues scintillantes. André
déguste lentement une part de choco light
bomb au cacao sans sucre et un cupcake
banane chocolat. Patrick savoure un veggie burger avec des frites.
A dix-neuf heures, André et Patrick assistent au
théâtre à une version de l’opéra La Traviata
de Giuseppe Verdi. La soprano Tatiana
Kniazeva et le ténor Enrico Scotto
sont entourés des artistes de la troupe du navire qui dansent en interprétant les
rôles des hôtes et des figurants. Violetta et Alfredo, les deux héros, sont personnalisés
par un couple de danseurs qui mime le déroulement de l’intrigue en parallèle de
l’interprétation musicale un peu figée ; Alfredo déclare sa flamme à Violetta.
La cantatrice s’égosille au lieu de chanter. Heureusement, les mimes expressifs
et gracieux de la troupe offrent un spectacle visuel attachant et charmeur. Les
costumes colorés et élaborés des festivités carnavalesques, les masques vénitiens,
la danse des gitanes en habits de feu apportent une note de légèreté au dernier
acte qui voit la mort de Violetta emportée par la maladie…
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