lundi 6 mars 2017

Vol Brisbane Darwin...

Au lever, sur fond de ciel à l’azur intense, dans un jeu de nuées découpées, des flocons cendrés nimbés de rose s’assemblent dans un vaste puzzle ajouré qui tapisse le firmament.  Une fois la reconstitution achevée, les nuées se séparent pour vaquer à leurs activités. L’azur se repose avant l’arrivée en fin de matinée d’une imposante armada de nuages sombres, précédée d’une flotte de nuées blanches envoyées en reconnaissance.
André et Patrick sortent de leur appartement, constatent que la température avoisine les trente degrés sur le cadran digital assidu, profitent des boucliers de l’armada qui les protègent des rayons solaires, aperçoivent devant la gare de Roma une jeune fille qui arbore un tee-shirt noir à l’effigie de la chanteuse Adele, marchent le long de la rue George à l’animation du début de semaine, arrivent sur la rue piétonne Queen très animée. Aujourd’hui, c’est au tour d’un autre fitness de séduire de nouveaux clients. Des prospectus sont distribués autour d’un chapiteau à la toile turquoise où les mots Goodlife Health Clubs se lisent sur les quatre bandeaux latéraux. Ils descendent au Food Court du Queen’s Plaza pour déjeuner chez Vegeto. Le service est effectué par Garry dont le visage hindou est métissé. Il demande si le couple est français après le paiement des assiettes de riz brun agrémenté de légumes au curry. Après le repas, André et Patrick se rendent au Shingle Inn sur la place Reddacliff pour boire le café. Les circonstances en décident autrement. La cafetière est en panne. La dame blonde à la caisse, dont le visage rappelle à André celui de Barbara, une amie texane décédée, lui offre en compensation du léger désagrément un bon pour un café gratuit valable jusqu’à la mi-mars. Patrick propose alors de se rendre à l’Iconic Garden Coffee sur la rue George ; un café maintes fois repérés.
Jen-Wei, un serveur barbu à la chevelure châtain clair, prend la commande de deux  cappuccinos. Telle une oasis au cœur de l’agitation du centre-ville, la terrasse du café dévoile sa présence en contrebas d’un sentier empierré bordé de petits gravillons où des tables rondes carrelées, déjà occupées, se succèdent en enfilade. Une console propose des revues à la lecture avant la descente. Une ancienne faïence blanc cassé présente sur le plateau, adossée au mur en moellons, au cadre fatigué légèrement rouillé, séduit André. Les mots Bon Appétit coiffe une tasse dessinée en noir sur le carreau dans un médaillon au pourtour ocre brun. Le nom Café de Paris souligne le motif. Un livre étoffé propose de lever le voile sur l’histoire du café dans le monde. Des bouddhas en pierre se recueillent le long du chemin où des lianes courent par endroits sur les murs en briques. Il aboutit à une enclave paisible agrémentée de tables en bois et de parasols à la toile écrue. Des fresques colorées tapissent le mur principal. Un lion, à la gueule pourvue de deux paires d’yeux superposés, concentre son regard vers celui qui le contemple. Jen-Wei apporte lentement les cafés dont la mousse cacaotée affleure le bord des tasses. Un bouddha médite à côté de la table où le couple s’est installé. Les bruits tamisés de la ville portés par un léger souffle d’air semble chuchoter. Les instants de détente se restreignent car André et Patrick doivent libérer l’appartement.
De retour à la tour Regis, les derniers bagages sont finalisés. La jeune femme rencontrée fin janvier pour la remise des clefs magnétiques frappe à la porte. Accompagnée d’un homme, elle vient effectuer le ménage avant la venue des prochains occupants. Pour faciliter l’ouvrage, dans la matinée, Patrick a lavé à la machine les serviettes et les draps de bain. Elle laisse le couple se préparer au départ en l’attendant à l’accueil.
Une fois au rez-de-chaussée, André et Patrick restituent à la messagère de Joan les cartes d’accès à l’appartement. Elle les remercie avec le sourire et leur souhaite un bon voyage. Patrick dépose au garage le sac poubelle avant de partir. La direction de la proche gare Roma est prise. Au guichet TransLink le remboursement des cautions est demandé en restituant les Go Card. Le processus est complexe et un peu déroutant. Il convient de déposer au préalable une seconde caution de dix dollars pour chaque carte dans le dessein de palier, au besoin, à un dépassement du montant de la caution initiale. Le jeune employé asiatique, dont le débit vocal est proche de celui d’une mitraillette, pianote sans fin sur une calculette. Finalement, après signatures, une somme de quelques dix-huit dollars est restituée sur les vingt dollars des deux cautions initiales. La seconde caution est rendue. Le couple renonce à comprendre la complexité du calcul. Il se rend ensuite au quai six pour prendre le train à destination de l’aéroport domestique. Malgré l’indication d’un départ dans six minutes, il grimpe de justesse dans le train en partance sans être sûr d’être dans le bon convoi. Finalement, suite aux indications d’un voyageur attentif à sa méprise, il descend à la gare suivante de Central Station pour monter à bord du train suivant annoncé dans trois minutes. Le trajet parait plus court qu’à l’aller. La perception du connu écourte-t-elle le ressenti ?
André et Patrick descendent au terminus. Sonia récupère une partie des billets achetés à l’arrivée. Quelques minutes plus tard, dans l’enceinte de l’aéroport, André bavarde un instant avec Allyce. Il a gardé un excellent souvenir de son accueil fin janvier à leur arrivée. Il échange avec sa collègue Lee le temps qu’elle termine avec un voyageur. Elles sont toutes deux bénévoles comme l’ensemble de l’équipe du service des renseignements. Allyce, heureuse des compliments reçus, devient loquace. Elle parle de sa vie. Au mois de mai, elle va passer une semaine chez son fils qui vit à Darwin.
En avance sur leur vol, les deux voyageurs s’installent à une table au Merlo Coffee. André allume l’ordinateur et se plonge dans la suite de la narration de la journée d’hier. La connexion wifi est gratuite. Patrick boit un cappuccino, surfe sur le web de temps à autre avec l’iPad. Dans l’après-midi, il apporte un thé rooibos à son mari, acheté auprès de George au Coffee Club situé sur l’esplanade extérieure.
A dix-huit heures quarante-cinq, deux heures avant le décollage, Patrick procède à l’impression des tags, des étiquettes à bagages. Devant les automates, Gereldine, une superbe jeune femme métissée aussi grande qu’André avec ses chaussures à talon, suggère au couple de se rendre à l’enregistrement classique devant l’incertitude liée au poids autorisé en cabine. Cristyn enregistre la valise de Patrick. Le poids de celle d’André est supérieur de cinq kilos au forfait acheté en France. Un supplément de vingt-cinq dollars par kilo dissuade le couple de la mettre dans la soute. Contrairement à l’aéroport de Sydney, le poids de la valise cabine est sans lien avec sa présence à bord de l’appareil. Le contrôle des bagages à main se déroule facilement et rapidement.
Une demi-heure s’est écoulée depuis l’impression des étiquettes à la borne automatique quand André et Patrick accèdent à la zone d’embarquement ; le contrôle d’identité est absent lors des vols intérieurs. Ils dînent chez Coffee Forté. Jessica leur chauffe deux vegetarian roll, deux chaussons aux légumes. Les mets sont savourés à une coquette table ronde. Les chaises métalliques sont assorties au bleu ciel qui cercle le plateau en bois clair.
Après le repas, la direction de la salle d’embarquement trente-deux est prise. Une quinzaine de minutes avant le décollage, les passagers montent à bord de l’Airbus A320. Natacha accueille André et Patrick en haut de la passerelle arrière. Depuis le haut de la cabine, une vapeur d’eau pulvérisée se répand dans tout l’habitacle. Le rang vingt-deux est atteint. Sur le siège central de la rangée précédente, un charmant bambin, aux magnifiques yeux métissés slaves et asiatiques, offre un sourire à André au travers des deux dossiers qui les séparent. Fort du sourire reçu en retour, il montre son nounours marron presque aussi grand que lui. L’avion décolle à vingt heures quarante-cinq. Patrick écoute de la musique avec l’iPod. André termine sur la liseuse Oasis la lecture du roman Le code Arcane de Dima Zales. Un autre roman est commencé. Son voyage est également ponctué de jeux sur l’iPhone. Durant le vol, de temps à autre, l’attachant bambin sert la peluche contre lui. Quand il dort, elle se métamorphose en duvet et en oreiller.
À minuit vingt, heure locale, le vol Tigerair TT652 atterrit à l’aéroport de Darwin dans le Territoire du Nord. A Brisbane, il est minuit cinquante. Un décalage horaire de trente minutes sépare les deux capitales. Une averse tropicale est tombée sur la ville. La passerelle et le tarmac sont mouillés. André descend lentement les marches en tenant la rambarde métallique qui ruisselle encore. Patrick porte sa valise. Dans l’aérogare, celle de son mari arrive dans les premières déchargées de la soute. Patrick est pris en photo devant une des portes de sortie des vols intérieurs, à côté d’un cercle blanc où le voyageur est accueilli par les mots Darwin welcomes. Le couple est rapidement dehors. La chaleur élevée est moite et l’air est très humide. La nuit limite la vision. L’hôtel Mercure, proche de l’aéroport est trouvé après deux fausses pistes et une dizaine de minutes de marche. Yogesh est présent à la réception ouverte à tous les vents. L’homme est occupé au téléphone. La conversation se poursuit de longues minutes, l’interlocuteur semble pointilleux. Le combiné est raccroché. Un énergumène sort de nulle part, peut-être de la navette de l’hôtel. Le client vocifère, gesticule dans tous les sens, s’énerve. Le motif de ce charivari est inconnu. Le réceptionniste appelle la police en douce. Le tapage se déplace. Yogesh peut s’occuper des deux anciens brisbanites. Le bungalow 312 leur est attribué. L’homme, probablement perturbé par l’appel téléphonique et par la conduite du forcené, peine à situer le bungalow sur la carte du vaste complexe hôtelier. André trouve l’emplacement.
Quelques minutes plus tard, André et Patrick entrent dans la maisonnette par la petite véranda en façade. Ils répondent rapidement à l’appel de Morphée qui les invite à le rejoindre au pays des rêves. Une nouvelle averse tambourine sur la toiture. La chance a évité au couple d’être trempé…






























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