Au lever, sur fond de ciel à l’azur intense, dans
un jeu de nuées découpées, des flocons cendrés nimbés de rose s’assemblent dans
un vaste puzzle ajouré qui tapisse le firmament. Une fois la reconstitution achevée, les nuées
se séparent pour vaquer à leurs activités. L’azur se repose avant l’arrivée en
fin de matinée d’une imposante armada de nuages sombres, précédée d’une flotte de
nuées blanches envoyées en reconnaissance.
André et Patrick sortent de leur appartement,
constatent que la température avoisine les trente degrés sur le cadran digital
assidu, profitent des boucliers de l’armada qui les protègent des rayons
solaires, aperçoivent devant la gare de Roma
une jeune fille qui arbore un tee-shirt noir à l’effigie de la chanteuse Adele, marchent le long de la rue George à l’animation du début de semaine,
arrivent sur la rue piétonne Queen
très animée. Aujourd’hui, c’est au tour d’un autre fitness de séduire de
nouveaux clients. Des prospectus sont distribués autour d’un chapiteau à la
toile turquoise où les mots Goodlife
Health Clubs se lisent sur les quatre bandeaux latéraux. Ils descendent au Food Court du Queen’s Plaza pour déjeuner chez Vegeto. Le service est effectué par Garry dont le visage hindou est métissé. Il demande si le couple
est français après le paiement des assiettes de riz brun agrémenté de légumes
au curry. Après le repas, André et Patrick se rendent au Shingle Inn sur la place Reddacliff
pour boire le café. Les circonstances en décident autrement. La cafetière est
en panne. La dame blonde à la caisse, dont le visage rappelle à André celui de
Barbara, une amie texane décédée, lui offre en compensation du léger désagrément
un bon pour un café gratuit valable jusqu’à la mi-mars. Patrick propose alors
de se rendre à l’Iconic Garden Coffee
sur la rue George ; un café
maintes fois repérés.
Jen-Wei, un serveur barbu à la chevelure châtain clair,
prend la commande de deux cappuccinos.
Telle une oasis au cœur de l’agitation du centre-ville, la terrasse du café dévoile
sa présence en contrebas d’un sentier empierré bordé de petits gravillons où
des tables rondes carrelées, déjà occupées, se succèdent en enfilade. Une
console propose des revues à la lecture avant la descente. Une ancienne faïence
blanc cassé présente sur le plateau, adossée au mur en moellons, au cadre fatigué
légèrement rouillé, séduit André. Les mots Bon
Appétit coiffe une tasse dessinée en noir sur le carreau dans un médaillon
au pourtour ocre brun. Le nom Café de
Paris souligne le motif. Un livre étoffé propose de lever le voile sur
l’histoire du café dans le monde. Des bouddhas en pierre se recueillent le long
du chemin où des lianes courent par endroits sur les murs en briques. Il aboutit
à une enclave paisible agrémentée de tables en bois et de parasols à la toile écrue.
Des fresques colorées tapissent le mur principal. Un lion, à la gueule pourvue
de deux paires d’yeux superposés, concentre son regard vers celui qui le contemple.
Jen-Wei apporte lentement les cafés
dont la mousse cacaotée affleure le bord des tasses. Un bouddha médite à côté de
la table où le couple s’est installé. Les bruits tamisés de la ville portés par
un léger souffle d’air semble chuchoter. Les instants de détente se restreignent
car André et Patrick doivent libérer l’appartement.
De retour à la tour Regis, les derniers bagages sont finalisés. La jeune femme rencontrée
fin janvier pour la remise des clefs magnétiques frappe à la porte. Accompagnée
d’un homme, elle vient effectuer le ménage avant la venue des prochains
occupants. Pour faciliter l’ouvrage, dans la matinée, Patrick a lavé à la machine
les serviettes et les draps de bain. Elle laisse le couple se préparer au
départ en l’attendant à l’accueil.
Une fois au rez-de-chaussée, André et Patrick
restituent à la messagère de Joan les
cartes d’accès à l’appartement. Elle les remercie avec le sourire et leur souhaite
un bon voyage. Patrick dépose au garage le sac poubelle avant de partir. La
direction de la proche gare Roma est
prise. Au guichet TransLink le
remboursement des cautions est demandé en restituant les Go Card. Le processus est complexe et un peu déroutant. Il convient
de déposer au préalable une seconde caution de dix dollars pour chaque carte
dans le dessein de palier, au besoin, à un dépassement du montant de la caution
initiale. Le jeune employé asiatique, dont le débit vocal est proche de celui d’une
mitraillette, pianote sans fin sur une calculette. Finalement, après signatures,
une somme de quelques dix-huit dollars est restituée sur les vingt dollars des
deux cautions initiales. La seconde caution est rendue. Le couple renonce à
comprendre la complexité du calcul. Il se rend ensuite au quai six pour prendre
le train à destination de l’aéroport domestique. Malgré l’indication d’un
départ dans six minutes, il grimpe de justesse dans le train en partance sans
être sûr d’être dans le bon convoi. Finalement, suite aux indications d’un
voyageur attentif à sa méprise, il descend à la gare suivante de Central Station pour monter à bord du
train suivant annoncé dans trois minutes. Le trajet parait plus court qu’à
l’aller. La perception du connu écourte-t-elle le ressenti ?
André et Patrick descendent au terminus. Sonia
récupère une partie des billets achetés à l’arrivée. Quelques minutes plus tard,
dans l’enceinte de l’aéroport, André bavarde un instant avec Allyce. Il a gardé un excellent souvenir
de son accueil fin janvier à leur arrivée. Il échange avec sa collègue Lee le temps qu’elle termine avec un
voyageur. Elles sont toutes deux bénévoles comme l’ensemble de l’équipe du service
des renseignements. Allyce, heureuse
des compliments reçus, devient loquace. Elle parle de sa vie. Au mois de mai,
elle va passer une semaine chez son fils qui vit à Darwin.
En avance sur leur vol, les deux voyageurs
s’installent à une table au Merlo Coffee.
André allume l’ordinateur et se plonge dans la suite de la narration de la
journée d’hier. La connexion wifi est gratuite. Patrick boit un cappuccino, surfe
sur le web de temps à autre avec l’iPad.
Dans l’après-midi, il apporte un thé rooibos à son mari, acheté auprès de George au Coffee Club situé sur l’esplanade extérieure.
A dix-huit heures quarante-cinq, deux heures
avant le décollage, Patrick procède à l’impression des tags, des étiquettes à bagages. Devant les automates, Gereldine, une superbe jeune femme
métissée aussi grande qu’André avec ses chaussures à talon, suggère au couple
de se rendre à l’enregistrement classique devant l’incertitude liée au poids
autorisé en cabine. Cristyn
enregistre la valise de Patrick. Le poids de celle d’André est supérieur de
cinq kilos au forfait acheté en France. Un supplément de vingt-cinq dollars par
kilo dissuade le couple de la mettre dans la soute. Contrairement à l’aéroport
de Sydney, le poids de la valise cabine est sans lien avec sa présence à bord
de l’appareil. Le contrôle des bagages à main se déroule facilement et
rapidement.
Une demi-heure s’est écoulée depuis l’impression
des étiquettes à la borne automatique quand André et Patrick accèdent à la zone
d’embarquement ; le contrôle d’identité est absent lors des vols
intérieurs. Ils dînent chez Coffee Forté.
Jessica leur chauffe deux vegetarian roll,
deux chaussons aux légumes. Les mets sont savourés à une coquette table ronde.
Les chaises métalliques sont assorties au bleu ciel qui cercle le plateau en
bois clair.
Après le repas, la direction de la salle
d’embarquement trente-deux est prise. Une quinzaine de minutes avant le
décollage, les passagers montent à bord de l’Airbus A320. Natacha accueille André et Patrick en haut de la passerelle
arrière. Depuis le haut de la cabine, une vapeur d’eau pulvérisée se répand
dans tout l’habitacle. Le rang vingt-deux est atteint. Sur le siège central de
la rangée précédente, un charmant bambin, aux magnifiques yeux métissés slaves
et asiatiques, offre un sourire à André au travers des deux dossiers qui les
séparent. Fort du sourire reçu en retour, il montre son nounours marron presque
aussi grand que lui. L’avion décolle à vingt heures quarante-cinq. Patrick
écoute de la musique avec l’iPod. André
termine sur la liseuse Oasis la lecture du roman Le code Arcane de Dima Zales. Un autre roman est commencé. Son
voyage est également ponctué de jeux sur l’iPhone.
Durant le vol, de temps à autre, l’attachant bambin sert la peluche contre lui.
Quand il dort, elle se métamorphose en duvet et en oreiller.
À minuit vingt, heure locale, le vol Tigerair TT652 atterrit à l’aéroport de Darwin
dans le Territoire du Nord. A Brisbane, il est minuit cinquante. Un décalage horaire
de trente minutes sépare les deux capitales. Une averse tropicale est tombée
sur la ville. La passerelle et le tarmac sont mouillés. André descend lentement
les marches en tenant la rambarde métallique qui ruisselle encore. Patrick
porte sa valise. Dans l’aérogare, celle de son mari arrive dans les premières
déchargées de la soute. Patrick est pris en photo devant une des portes de sortie
des vols intérieurs, à côté d’un cercle blanc où le voyageur est accueilli par
les mots Darwin welcomes. Le couple
est rapidement dehors. La chaleur élevée est moite et l’air est très humide. La
nuit limite la vision. L’hôtel Mercure, proche de l’aéroport est trouvé après
deux fausses pistes et une dizaine de minutes de marche. Yogesh est présent à la réception ouverte à tous les vents. L’homme
est occupé au téléphone. La conversation se poursuit de longues minutes, l’interlocuteur
semble pointilleux. Le combiné est raccroché. Un énergumène sort de nulle part,
peut-être de la navette de l’hôtel. Le client vocifère, gesticule dans tous les
sens, s’énerve. Le motif de ce charivari est inconnu. Le réceptionniste appelle
la police en douce. Le tapage se déplace. Yogesh
peut s’occuper des deux anciens brisbanites. Le bungalow 312 leur est attribué. L’homme, probablement perturbé par l’appel téléphonique
et par la conduite du forcené, peine à situer le bungalow sur la carte du vaste
complexe hôtelier. André trouve l’emplacement.
Quelques minutes plus tard, André et Patrick
entrent dans la maisonnette par la petite véranda en façade. Ils répondent
rapidement à l’appel de Morphée qui les invite à le rejoindre au pays des rêves.
Une nouvelle averse tambourine sur la toiture. La chance a évité au couple d’être
trempé…
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