vendredi 24 mars 2017

Dubaï Mall...

Il fut un temps où le silence de la nuit était respecté pour vivre un sommeil réparateur. Dans le ciel de Dubaï, les voix et les chants s’élèvent la nuit dans l’oubli des cycles du corps humain.
La vue panoramique de la chambre depuis le vingtième étage donne sur une des facettes de la ville de Dubaï. Au lever, le ciel est en nuances de gris ; le soleil est caché derrière le vaste manteau nuageux. Les gratte-ciel, les chantiers en cours, le vaste réseau routier et un lac artificiel constituent le paysage. La verdure est quasi inexistante. La pluie tombe sur la ville et glisse sur la baie vitrée. Un peu avant neuf heures trente, André et Patrick sortent de la chambre. Devant la porte, par-delà la rambarde du balcon véranda, leurs regards plongent dans le vide triangulaire des étages inférieurs dans un abrupt impressionnant de plusieurs dizaines de mètres. Ils prennent le petit-déjeuner au restaurant Lemon Pepper de la tour M. La salle est animée et les places disponibles sont rares. Le couple s’installe non loin d’une baie vitrée qui donne sur un entrelacs de bretelles de routes. La nourriture proposée est internationale et la sensation d’être à Dubaï inexistante. Viennoiseries, fruits et oléagineux constituent les mets de leur repas. Patrick trempe les croissants dans son café. André à l’heureuse surprise de trouver des noisettes.
Vers treize heures, André et Patrick quittent l’hôtel pour se rendre en taxi au Dubai Mall. Le vide en dessus de la réception ouverte sur les étages supérieure est agrémenté d’une haute suspension composée de lanières de cœurs jaunes et rouges fixées quelques étages plus hauts sur un disque ajouré. Le taxi demandé arrive rapidement. La boucle de la chaussée à la sortie de l’hôtel est entièremenet inondée ; le véhicule roule aux pas dans une vingtaine de centimètres d’eau boueuse. Le trajet dure une dizaine de minutes pour un coût de quelques dirhams. Un billet de vingt est donné au chauffeur. Le couple est déposé à l’entrée du Dubai Mall située au niveau du lac artificiel où les fontaines chantent le soir dès dix-huit heures.
Familiers du vaste centre commercial pour avoir séjourné un mois à Dubaï il y a sept ans, il retrouve l’atrium de la grandiose cascade qui s’écoule paisiblement sur son rocher dans un rythme musical sans fin. Des plongeurs aériens en fibre de verre sont figés dans leur saut de l’ange depuis une dizaine d’années. Après ce graceux ballet aquatique de l’imaginaire, le couple se rend chez Desigual où Patrick achète une chemisette en remplacement de celle aux papillons portée maintes et maintes fois. André repère une superbe veste aux motifs créatifs dans les tons d’orange, de vermillion, de noir et de crème. Patrick sort en arborant la nouvelle chemisette ; l’autre a été confiée à la corbeille à papiers du magasin.
Les quatorze heures sont passées. Le couple se dirige vers le Food Court pour déjeuner au comptoir Zaatar w Zeit. En chemin, André admire une superbe parure de lit dans les nuances de bleu et de blanc, en vitrine dans une des mille deux cents boutiques et magasins du vaste complexe commercial. Pendant la préparation des crêpes au za’atar, un mélange d’épices à base de graines de sésame, de sumac et de thym, Patrick se rend en face chez Red Mango où il opte pour un jus Pina colada ananas et lait de noix de coco. Le bipeur confié clignote en rouge pour annoncer que les crêpes sont prêtes. Elles sont savourées lentement dans la forte luminosité sur un banc en bois devant le lac artificiel du Burj Khalifa où les soeurs des fontaines du Bellagio à Las Vegas sommeillent avant leur jaillissement chorégraphique après dix-huit heures. Les rayons ardents de l’astre solaire traversent de temps à autre la limousine des nuées qui opacifie le ciel. Après le repas, le couple se promène sur la nouvelle terrasse aménagée devant le pont qui mène au Souk Al Bahar. Elle offre une vue sur le lac Burj. De nombreuses personnes sont accoudées à la balustrade en pierre. Des photos de la tour Khalifa sont prises en la cadrant de manière à occulter les proches constructions en cours. La flânerie se termine.
André et Patrick se rendent au supermarché Waitrose du Dubai Mall. Les prises anglaises de l’hôtel M interdisant de brancher les ordinateurs, ils achètent un adaptateur de la marque Oshtraco. La trentaine de dirhams de son prix est réglée en caisse à Michelle, une jeune femme souriante originaire des Philippines. Ils s'acheminent ensuite au Souk Al Bahar pour se détendre chez Shakespeare. La salle du café emblématique, avec sa fastueuse décoration british des années vingt, a été réaménagée dans sa disposition depuis leur dernier passage. Le display central s’est décalé vers le fond de la salle pour donner plus d’espace aux sièges confortables. Froufrous de dentelles et de franges, bordures cintrées moulurées en bois peints de différentes couleurs, palettes de tissus colorés aux multiples nuances pastel, confèrent aux canapés, fauteuils et cabriolets éclectiques un charme surrané où il fait bon papoter et se détendre. Une commande de cappuccinos et de douceurs est passée devant le display. Le couple est invité à prendre place à côté dans une causeuse british art-déco, aux dossiers à trois pétales, à la boiserie galbée laquée argent, au dralon pourpre rayé de fines bandes verticales or, caramel, rose, blanc et rouge. Le ballet des nombreux serveurs est continuel. Il converge vers les cuisines partiellement ouvertes dont le spacieux passe-plat intègre le champ de vision des français. André savoure un Eggless Cake, une douceur à base de datte enrobée d’un craquant au chocolat noir. Patrick se régale avec un Parfait vanille pistache. Il porte son regard sur une des faces d’un cube promotionnel en carton posé sur la table basse ovale en marbre crème. L’expression française Les carottes sont cuites est imprimée en-dessus de la photo d’un petit gâteau rond à la carotte. Il sourit en lisant la phonétique à l’accent british Ley ka-rot son kwit. Les minutes s’égrènent dans le bien-être et la joie du farniente.
Plus tard dans le souk, au marché Spinneys, André et Patrick effectuent quelques emplettes. Des dattes charnues Medjool, produites au Royaume d’Arabie Saoudite dans les palmeraies de Jomara aux abords de la petite ville d’Al-Ghat, à quelques deux cents kilomètres de Riyad dans la province éponyme, sont sélectionnés pour être savourées lors du retour en Europe. Outre les deux coffrets de dattes, la jeune Sheenalyn encaisse le montant de deux bouteilles d’eau minérale et de deux bananes pour le dîner. Devant le magasin, au centre des deux escalators conduisant au premier étage, suspendu au plafond dans l’atrium octogonal, un magnifique lustre des mille et une nuits trône superbement. Une cordelière de lanternes octogonales dorées, à la jaillissante clarté nitescente, ceinture un bulbe rougeoyant de lumière étincelante. En se dirigeant vers la sortie du souk, le couple admire la nef centrale en pierre ocre sable, les hautes arcades cintrées, les lanternes tubulaires dorées dessinées de liserés flavescents.
Plus avant, en traversant la terrasse du pont, André remarque la présence d’un jeune homme installé au même endroit depuis plus d’une heure. Il se dirige ensuite avec Patrick vers la station de taxis située vers la sortie Arabian Court. Dans la file d’attente, devant le couple, un homme rejoint sa compagne qui conduit une poussette en tenant une fillette dans ses bras. L’enfant enjouée gigote et offre ses sourires. Ses yeux sont plus plissés que ceux de ses parents asiatiques. Plusieurs dizaines de personnes patientent pour prendre un taxi ; l’avancée est lente. Une fois lancés sur la chaussée de la galerie souterraine, les clients se répartissent entre les files parallèles des véhicules. André et Patrick pénètrent profondément dans le flot avant de monter à bord d’un taxi. Le compteur affiche déjà douze dirhams, déjà plus que le prix de la course matinale. La sortie du tunnel prend plusieurs minutes. Elle est conjointe avec celle du parking qui compte plus de dix étages. Un agent alterne au mieux la sortie des voitures qui se suivent sans fin. Le compteur pense à tourner. La taille humaine du centre commercial est une chimère.
Arrivés à l’hôtel M, André remet vingt-cinq dirhams au chauffeur qui semble ravi. Un couple s’engouffre sur la banquette arrière. Les portières à peine fermées, le taxi démarre.
Le manteau de la nuit commence à recouvrir Dubaï vers dix-huit heures trente. Les lumières de la ville s’allument progressivement. Les éclairages des chaussées tracent des lignes sinueuses jaune orangé sur le sol mouillé. La pluie tombe à nouveau sur la gigantesque cité du désert.
Lors du dîner pris dans la chambre, les bananes sont savourées. André complète la collation avec des morceaux d’ananas emportés au petit-déjeuner. Les activités sur ordinateur, au rythme ensommeillé, précèdent l’entrée au pays des rêves…






























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