Il fut un temps où le silence de la nuit était
respecté pour vivre un sommeil réparateur. Dans le ciel de Dubaï, les voix et
les chants s’élèvent la nuit dans l’oubli des cycles du corps humain.
La vue panoramique de la chambre depuis le
vingtième étage donne sur une des facettes de la ville de Dubaï. Au lever, le
ciel est en nuances de gris ; le soleil est caché derrière le vaste manteau
nuageux. Les gratte-ciel, les chantiers en cours, le vaste réseau routier et un
lac artificiel constituent le paysage. La verdure est quasi inexistante. La
pluie tombe sur la ville et glisse sur la baie vitrée. Un peu avant neuf heures
trente, André et Patrick sortent de la chambre. Devant la porte, par-delà la rambarde
du balcon véranda, leurs regards plongent dans le vide triangulaire des étages
inférieurs dans un abrupt impressionnant de plusieurs dizaines de mètres.
Ils prennent le petit-déjeuner au restaurant Lemon Pepper de la tour M.
La salle est animée et les places disponibles sont rares. Le couple s’installe
non loin d’une baie vitrée qui donne sur un entrelacs de bretelles de routes. La
nourriture proposée est internationale et la sensation d’être à Dubaï inexistante.
Viennoiseries, fruits et oléagineux constituent les mets de leur repas. Patrick
trempe les croissants dans son café. André à l’heureuse surprise de trouver des
noisettes.
Vers treize heures, André et Patrick quittent
l’hôtel pour se rendre en taxi au Dubai
Mall. Le vide en dessus de la réception ouverte sur les étages supérieure
est agrémenté d’une haute suspension composée de lanières de cœurs jaunes et
rouges fixées quelques étages plus hauts sur un disque ajouré. Le taxi demandé arrive
rapidement. La boucle de la chaussée à la sortie de l’hôtel est entièremenet
inondée ; le véhicule roule aux pas dans une vingtaine de centimètres d’eau
boueuse. Le trajet dure une dizaine de minutes pour un coût de quelques
dirhams. Un billet de vingt est donné au chauffeur. Le couple est déposé à
l’entrée du Dubai Mall située au niveau
du lac artificiel où les fontaines chantent le soir dès dix-huit heures.
Familiers du vaste centre commercial pour avoir
séjourné un mois à Dubaï il y a sept ans, il retrouve l’atrium de la grandiose cascade
qui s’écoule paisiblement sur son rocher dans un rythme musical sans fin. Des
plongeurs aériens en fibre de verre sont figés dans leur saut de l’ange depuis une
dizaine d’années. Après ce graceux ballet aquatique de l’imaginaire, le couple
se rend chez Desigual où Patrick achète une chemisette en remplacement de celle
aux papillons portée maintes et maintes fois. André repère une superbe veste
aux motifs créatifs dans les tons d’orange, de vermillion, de noir et de crème.
Patrick sort en arborant la nouvelle chemisette ; l’autre a été confiée à
la corbeille à papiers du magasin.
Les quatorze heures sont passées. Le couple se dirige
vers le Food Court pour déjeuner au
comptoir Zaatar w Zeit. En chemin,
André admire une superbe parure de lit dans les nuances de bleu et de blanc, en
vitrine dans une des mille deux cents boutiques et magasins du vaste complexe
commercial. Pendant la préparation des crêpes au za’atar, un mélange d’épices à base de graines de sésame, de sumac
et de thym, Patrick se rend en face chez Red Mango où il opte pour un jus Pina colada ananas et lait de noix de
coco. Le bipeur confié clignote en rouge pour annoncer que les crêpes sont prêtes.
Elles sont savourées lentement dans la forte luminosité sur un banc en bois
devant le lac artificiel du Burj Khalifa
où les soeurs des fontaines du Bellagio à Las Vegas sommeillent avant leur jaillissement chorégraphique
après dix-huit heures. Les rayons ardents de l’astre solaire traversent de
temps à autre la limousine des nuées qui opacifie le ciel. Après le repas, le
couple se promène sur la nouvelle terrasse aménagée devant le pont qui mène au Souk Al Bahar. Elle offre une vue sur le
lac Burj. De nombreuses personnes sont
accoudées à la balustrade en pierre. Des photos de la tour Khalifa sont prises en la cadrant de manière à occulter les
proches constructions en cours. La flânerie se termine.
André et Patrick se rendent au supermarché Waitrose du Dubai Mall. Les prises anglaises de l’hôtel M interdisant de brancher les ordinateurs, ils achètent un adaptateur
de la marque Oshtraco. La trentaine
de dirhams de son prix est réglée en caisse à Michelle, une jeune femme
souriante originaire des Philippines. Ils s'acheminent ensuite au Souk Al Bahar pour se détendre chez Shakespeare. La salle du café emblématique,
avec sa fastueuse décoration british des années vingt, a été réaménagée dans sa
disposition depuis leur dernier passage. Le display central s’est décalé vers
le fond de la salle pour donner plus d’espace aux sièges confortables. Froufrous
de dentelles et de franges, bordures cintrées moulurées en bois peints de
différentes couleurs, palettes de tissus colorés aux multiples nuances pastel,
confèrent aux canapés, fauteuils et cabriolets éclectiques un charme surrané où
il fait bon papoter et se détendre. Une commande de cappuccinos et de douceurs
est passée devant le display. Le couple est invité à prendre place à côté dans
une causeuse british art-déco, aux dossiers à trois pétales, à la boiserie
galbée laquée argent, au dralon pourpre rayé de fines bandes verticales or,
caramel, rose, blanc et rouge. Le ballet des nombreux serveurs est continuel.
Il converge vers les cuisines partiellement ouvertes dont le spacieux passe-plat
intègre le champ de vision des français. André savoure un Eggless Cake, une douceur à base de datte enrobée d’un craquant au
chocolat noir. Patrick se régale avec un Parfait vanille pistache. Il porte son
regard sur une des faces d’un cube promotionnel en carton posé sur la table
basse ovale en marbre crème. L’expression française Les carottes sont cuites est imprimée en-dessus de la photo d’un
petit gâteau rond à la carotte. Il sourit en lisant la phonétique à l’accent british
Ley ka-rot son kwit. Les minutes
s’égrènent dans le bien-être et la joie du farniente.
Plus tard dans le souk, au marché Spinneys, André et Patrick effectuent
quelques emplettes. Des dattes charnues Medjool, produites au Royaume d’Arabie
Saoudite dans les palmeraies de Jomara
aux abords de la petite ville d’Al-Ghat,
à quelques deux cents kilomètres de Riyad
dans la province éponyme, sont sélectionnés pour être savourées lors du retour
en Europe. Outre les deux coffrets de dattes, la jeune Sheenalyn encaisse le montant de deux bouteilles d’eau minérale et
de deux bananes pour le dîner. Devant le magasin, au centre des deux escalators
conduisant au premier étage, suspendu au plafond dans l’atrium octogonal, un
magnifique lustre des mille et une nuits trône superbement. Une cordelière de
lanternes octogonales dorées, à la jaillissante clarté nitescente, ceinture un
bulbe rougeoyant de lumière étincelante. En se dirigeant vers la sortie du
souk, le couple admire la nef centrale en pierre ocre sable, les hautes arcades
cintrées, les lanternes tubulaires dorées dessinées de liserés flavescents.
Plus avant, en traversant la terrasse du pont, André
remarque la présence d’un jeune homme installé au même endroit depuis plus
d’une heure. Il se dirige ensuite avec Patrick vers la station de taxis située vers
la sortie Arabian Court. Dans
la file d’attente, devant le couple, un homme rejoint sa compagne qui conduit
une poussette en tenant une fillette dans ses bras. L’enfant enjouée gigote et
offre ses sourires. Ses yeux sont plus plissés que ceux de ses parents
asiatiques. Plusieurs dizaines de personnes patientent pour prendre un taxi ;
l’avancée est lente. Une fois lancés sur la chaussée de la galerie souterraine,
les clients se répartissent entre les files parallèles des véhicules. André et Patrick
pénètrent profondément dans le flot avant de monter à bord d’un taxi. Le compteur
affiche déjà douze dirhams, déjà plus que le prix de la course matinale. La
sortie du tunnel prend plusieurs minutes. Elle est conjointe avec celle du
parking qui compte plus de dix étages. Un agent alterne au mieux la sortie des
voitures qui se suivent sans fin. Le compteur pense à tourner. La taille humaine
du centre commercial est une chimère.
Arrivés à l’hôtel M, André remet vingt-cinq dirhams au chauffeur qui semble ravi. Un
couple s’engouffre sur la banquette arrière. Les portières à peine fermées, le
taxi démarre.
Le manteau de la nuit commence à recouvrir Dubaï
vers dix-huit heures trente. Les lumières de la ville s’allument
progressivement. Les éclairages des chaussées tracent des lignes sinueuses jaune
orangé sur le sol mouillé. La pluie tombe à nouveau sur la gigantesque cité du
désert.
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