jeudi 9 mars 2017

Millionnaires à Bali...

André et Patrick sortent du pays des rêves après sept heures. Le petit-déjeuner succède aux rites de début de matinée. Il se déroule au second niveau. Le choix, vaste pour le carnivore, est restreint pour le végétarien. Une terrasse surplombe la rue et dévoile la plage de Kuta bordée par la végétation. André se régale avec des petites bananes plantains, un pain aux raisins, un croissant et une gaufre nature. Pour les déguster, chaque viennoiserie est déposée en son temps sur la chenille du grille-pain qui effectue une boucle continuelle sous les filaments de chaleur. Les viennoiseries choisies par Patrick font trempette dans du café avant d’être savourées.
La matinée du couple est consacrée à diverses activités sur ordinateur. La climatisation est enclenchée de temps à autre pour palier à la chaleur qui remonte très vite. Au lever, le thermomètre de la pendulette de poche avoisinait les vingt-huit degrés.
Un peu avant treize heures André et Patrick sortent du Citadines. Des nuées blafardes sont dessinées en filigrane sur le bleu délavé du ciel. L’esquisse en devenir donne la sensation d’être sous une coupole de cristal opalescent. Ils se dirigent vers le centre commercial construit en bordure de mer sur la rue Jalan Pantai. Les pavés du trottoir suivi sont décorés de motifs géométriques variés. Deux jeunes garçons qui transportent sur leur tête une planche de surf sont croisés. Ils traversent la chaussée pour aller sur la plage.
Le Beachwalk Shopping Center est atteint après quelques minutes de marche. Quelques degrés en terrasse sont grimpés pour entrer après un contrôle du sac à dos de Patrick. Telle une oasis au cœur de Kuta, le complexe commercial dévoile des constructions circulaires ouvertes sur l’extérieur. Les allées ondulent et côtoient de-ci de-là une végétation luxuriante intégrée harmonieusement. Des jardins aménagés autour des fontaines, des canaux et des ruisselets, baignés par la brise de mer, confèrent une atmosphère de détente et de bien-être. Le couple porte son attention sur la présence de bureaux de change. Un escalator le conduit au niveau inférieur où le plafond affleure presque le dessus de la tête d’André. L’attente à la Bank National of Indonésia, étant trop longue, il sort pour tenter sa chance ailleurs. Au second niveau elle opère généreusement. Le guichet PT Surya Sastra Perkasa est libre de toute attente et le taux de change nettement supérieur à celui de la banque. Les trente dollars australiens se métamorphosent en quelques trois cent mille roupies indonésiennes. Trois cent euro correspondent à plus de quatre millions de roupies. Après l'indépendance du pays, vers le milieu du siècle passé, la roupie remplaça le florin des Indes orientales néerlandaises.
Devenus subitement riches, André et Patrick se baladent dans le centre. Au second niveau, avec vue sur la plage, un jardin étendu se dévoile. Un monsieur bientôt chauve, en Lego, est assoupi sur un banc. Patrick profite de la lumière pour photographier les différents billets indonésiens. Les terrasses circulaires étagées sont entourées de haies touffues qui habillent les vérandas et les allées des espaces commerciaux. Proche d’une aire de jeux pour enfants, un magnifique bougainvillier fuchsia s’épanouit dans un cadre enchanteur où l’eau est à l’honneur dans les agencements.
André et Patrick décident d’aller se restaurer. Ils déambulent dans les allées du centre, passent devant une chaise de jardin géante à l’assise et au dossier artistiquement tapissés de gazon. Ils découvrent le café The Coffee BeanKomang, un jeune homme indonésien, leur sert sur un plateau deux parts de tarte banane amande et deux cappuccinos où la poudre de cacao s’est envolée. Installés en terrasse, le bord de mer à portée de vue, ils savourent leur déjeuner. Après le repas, ils entrent au Starbucks Coffee qui jouxte le café Bean. Outre les classiques propres à la marque, des douceurs locales sont proposées dans le display dont d’accueillantes parts de tarte entièrement garnies d’oléagineux. Des tasses et des mugs sont à la vente, décorées et personnalisés avec les mots Bali et Indonesia.
En sortant, André et Patrick se rendent chez Foodmart Gourmet Beachwalk repéré au niveau inférieur. Les allées du supermarché sont arpentées pour découvrir l’offre dans le dessein de dîner le soir dans le studio. André s’arrête devant l’étal des fruits du dragon, rose et rouge, qui proviennent d’une espèce de cactus.
Plus tard, ils quittent le centre commercial sur l’arrière pour suivre la rue Jalan Popies II sur la gauche. L’hôtel Bounty dévoile son architecture balinaise traditionnelle avec moult statues dont trois personnages aux riches atours qui se dessinent en hauteur sur fond de ciel laiteux. Une balinaise en chandail bleu ciel est croisée. Elle porte sur sa tête un large plateau vert pomme garni de morceaux de pastèque, melon et ananas.
Un peu plus loin, le sanctuaire Griya Santhi Graha est découvert tout à fait fortuitement. L’œil aux aguets permet de déceler les trésors d’architectures cachés des touristes. Les regards sont éblouis par la magnificence du site libre de toute vie humaine au moment de la visite. Un autel en pierre noire sculptée est dédié au dieu Ganesh. En contrebas, divers temples dévoilent leur splendeur. Deux coqs magnifiques sont chacun prisonniers des barreaux d’une sorte de châsse en pierre rouge à la toiture moulurée. Un temple fermé présente une façade grandiose en marbres gris et rose mouchetés dont les motifs en reliefs moulurés furent façonnés à la main avec une abondance de détails. La porte, à elle seule, est peut-être l’ouvrage d’une vie au regard de la patience et du talent apportés pour accomplir certains détails de décoration. A proximité, un autre temple, ouvert au vent, exprime sa richesse avec de l’or et des pierreries. Un être, une divinité probablement, à la fois homme et animal, aux somptueuses parures colorées, impossible à décrire en peu de mots, aux yeux globuleux, coiffé d’une couronne d’or et de joyaux affiche une expression effrayante. Sa bouche aux lèvres rouges vifs est ouverte sur une dentition blanche aux crocs acérés. Des vasques plantées de végétation côtoient des statues en pierre noire finement sculptée aux expressions menaçantes. Des bas-reliefs, aux différentes scènes de vie, animalières, florales et humaines, embellissent les façades des temples. Ils se révèlent uniquement si le pérégrin est attentif et bienveillant. André s’assoit un instant sur une marche d’escalier entre deux cerbères qui montent la garde, entre deux démons qui assurent sa protection lors d’une courte rêverie. Derrière lui les pierres noires d’un temple à la porte en fer forgé ciselé, qui s’emboitent parfaitement, paraissent avoir été assemblées et jointes sans mortier.
Une fois sortis de cette enclave perdue dans les brumes du temps, André et Patrick reviennent sur leurs pas. Les attitudes des marchands des nombreuses échoppes sans façades qui bordent la rue sont toutes différentes. Certains tentent de séduire le passant, d’autres, comme ce chaton écroulé de chaleur qui dort où il s’est arrêté, somnolent en attendant d’être réveillés par un acheteur, d’autres pianotent sur leur téléphone portable, d’autres baillent aux corneilles en laissant les minutes s’écouler sans se soucier vraiment du chiffre d’affaires. La rue se continue après un angle droit où s’annonce l’entrée du Bali Sandy Resort. Un vieux mur en pierre grise borde une prairie en friche où André aperçoit des édifices anciens imperturbables devant l’usure du temps. Un peu plus loin un accès est possible en longeant une vaste étendue où des dizaines de deux-roues à moteur sont garés. Un panneau indique Pura pengungangan et Pura batu bolong. Probablement le nom d’anciens temples dont les ruines perdurent dans le site grignoté par les activités humaines. Les pierres grises, blanches, parfois roses, perforées par les éléments, les statues en pierre aux expressions plus artistiques accueillent la végétation qui s’étoffe progressivement dans le site étagé par endroits. A côté d’un ancien portail galbé aux flèches acérées dirigées vers le ciel, définitivement ouvert, un arbre continue sa croissance, consolide sa présence, tortille son ample tronc noueux au travers des ruines dont il s’empare progressivement. Une déité menaçante, la bouche ouverte dans un rugissement aphone, voit d’un mauvais œil la dégradation lente et inéluctable du sanctuaire. Sa présence paraît pourtant porter ses fruits car dans la partie plus profonde du site, au-delà du portail fatigué, deux autels aux toitures étagées en cascade, recouvertes de fibres noires, semblent échapper à l’usure du temps. Mais peut-être sont-elles plus récentes. Au faîte d’un obélisque tarabiscoté, marqué du sceau d’épopées différentes, tels des khalifes égarés dans la trame du temps, deux petits personnages enrubannés et habillés de pagnes, rouges pour l’un et noirs pour l’autre,  s’étonnent de leur présence à Bali tout en paraissant converser avec bonhomie.
Le site attachant et mystérieux est quitté pour joindre la rue du bord de mer. André et Patrick retournent tranquillement au Citadines. En chemin, chez Balifruits & Pie, ils commandent deux jus de citron pour environ un euro et demi. Les deux jeunes garçons présents dans la cabane, efficacement agencée pour leur activité, sont des orfèvres. Un client a commandé un smoothie ananas. Le fruit est sculpté patiemment pour ôter toutes les parties noires de la peau. Ensuite il est simplement broyé au mixeur avec des glaçons. Les citrons sont pressés avec lenteur à la main. Les gestes sont précis, l’ouvrage avance en silence. Dans un ballet au ralenti, les mouvements des deux artistes sont coordonnés sans jamais se gêner. Le passage au mixer des jus, de l’eau minérale et des glaçons perdure jusqu’à l’intégration complète des cristaux. Une spatule participe au brassage rotatif des boissons servies dans des gobelets en plastique. La satisfaction du client est la prime directive de ces marchands aucunement harcelés par le rendement.
Les jus sont sirotés à une petite table dans la coquette terrasse sans prétention joliment agencée. Une séduisante publicité dans un nuage peint au mur attire le regard ; on peut lire Anything is possible with sunshine and a glass of juice, soit Tout est possible avec le soleil et un verre de jus. Plus tard, à côté du Citadines, de l’eau minérale est achetée au Mini Mart. La fin de l’après-midi se déroule dans le studio à œuvrer à diverses activités. Le moment venu, Patrick monte sur la terrasse de la résidence pour immortaliser le coucher de soleil sur la pellicule numérique.
Vers dix-neuf heures, André et Patrick arrivent au centre commercial. Devant les marches en terrasse les lumières colorées des lettres Beachwalk se reflètent dans l’eau du bassin aménagé sur le trottoir. Patris, un jeune indonésien aborde le couple pour bavarder un instant. Il dîne ensuite au restaurant Kitchenette. Des crêpes au sarrasin sont commandées avec les ingrédients aux choix : avocat, olives noires et champignons pour André ; rondelles de tomate, champignons et olives pour Patrick. Des frites au persil et mayonnaise blanche complètent la sélection. Novia, une discrète et efficace serveuse, apportent les mets, savourés en terrasse. A distance, les rouleaux des vagues se laissent entendre discrètement. Le retour à la résidence après le repas s’effectue en marchant nonchalamment sous le manteau de la nuit éclairé par les lumières de la ville…








































Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire