mercredi 8 mars 2017

Trombes d’eau sur Casuarina Square...

Les rites du début de matinée se déroulent tranquillement. A l’issue du yoga des yeux, André, debout sur la véranda du bungalow située idéalement au soleil levant, peut effectuer une salutation à l’astre en le regardant en face tout en bougeant légèrement la tête pour éviter de fixer la boule de feu. Un petit-déjeuner frugal est pris dans le coin cuisine. Patrick apprécie la tranche de banana bread trempée dans du café. André savoure trois dattes Medjool en croquant quelques arachides. Le déroulement de la matinée est modifié. La chambre doit être libérée pour dix heures.
Georgina, une séduisante jeune fille à la peau rose des bébés, vêtue d’un corsage vert sapin décoré de cercles jaune paille, accueille André et Patrick avec un charmant sourire. André lui trouve un air de visage british. Elle leur fournit l’adresse mail de l’hôtel. Depuis un ordinateur situé en face de la réception, Patrick lui envoie le mail reçu hier soir d’Air Asia. Lors de l’impression des deux fiches d’embarquement, elle reconnaît la langue française. Elle lance avec un petit rire Je parle un peu le français. Née à Darwin, Georgina a séjourné en Bretagne. Les bagages lui sont confiés après un chaleureux remerciement pour son aide efficace.
Le couple se dirige ensuite vers l’aéroport pour prendre un taxi qui le dépose au Casuarina Square quelques kilomètres plus loin. Les onze heures approchent. André et Patrick découvrent le centre commercial construit autour d’un square à la végétation luxuriante agrémenté d’œuvres d’art. Une agréable boutique achalandée pour tout ce qui concerne le thé est visitée. Du thé vert Matcha se décline sous différentes préparations. Le labyrinthe des allées du complexe obéit à l’imaginaire des architectes, le couple chemine au gré de sa fantaisie. Le square est atteint. Une œuvre de Joel Mitchell se dévoile. Réalisée à partir de bois d’eucalyptus, d’acier et de cuivre, elle représente trois fleurs sur tige qui s’apparentent quelque peu à des tulipes. Plus loin sur le square, une place circulaire, pavée de moellons en terre cuite, bordée d’une petite dune de sable fin garnie de blocs de pierre mordorée, délimitée par un mur ocre rouge peint d’une fresque au décor aborigène, captive les regards. Au centre, une sphère en marbre noir ciselé et décoré de motifs monochrome pivote à son gré en glissant sur l’eau d’une petite fontaine ronde dont elle occupe toute la surface. L’effet est saisissant, la boule est chahutée par l’eau sous pression sans jamais basculée de son support aquatique. Plus loin dans le centre, un espace est garni des mêmes blocs de cette pierre mordorée. Elle s’appelle Mudstone Porcelinite, une roche du littoral du Territoire du Nord que l’on peut découvrir sur les falaises et dans les zones maritimes baignée par les marées.
A midi, André et Patrick déjeunent dans le Food Court du centre Casuarina. Au comptoir Mint Leaf, aux saveurs indiennes, du riz et deux variétés de légumes au curry sont choisis. Seul un règlement en espèces étant accepté, un retrait est effectué dans un distributeur. Les mets sont savourés dans l’atrium central commun ouvert sur l’étage supérieur. Le banc à l’assise ergonomique, où Patrick et André s’installent côte à côte, est réalisé dans un bois blond au touché soyeux. Le Territoire du Nord semble riche d’une variété de bois endémiques. A divers endroits dans les allées du centre, ils ont admirés les espaces de détente équipés de bancs, de tabourets ou de chaises artisanaux réalisés dans des essences de bois locales par Pedro, un ébéniste d’art de la région. L’espace est animé. Des mères asiatiques et leurs enfants se sont donné rendez-vous autour d’une tablée disposée en enfilade. Un monsieur obèse en chemise rouge et casquette bleu mange assidument en buvant un soda à la marque connue mondialement. Deux jeunes filles mangent distraitement en bavardant à la droite du couple. Des pauses dans les échanges leur permettent de pianoter sur leur téléphone portable. Un beau jeune homme discute avec deux dames plus âgées à une table plus éloignée. Il s’exprime en gesticulant des mains.
Après le repas, ils se rendent au niveau supérieur au café Jamaica Blue, repéré en fin de matinée. Martin prépare un cappuccino et un café Mocha pour Patrick. Avec un sourire, il applique une remise de dix pour cent à André dont le motif de ce geste lui échappe. Les breuvages sont sirotés à une petite table ronde au bord d’une rambarde qui donne sur l’atrium central. Assis sur des cabriolets à l’assise un peu dure, André et Patrick feuillettent tour à tour le magazine du café. André est bluffé. Il pensait être dans un café local. En fait, il fait partie d’une chaîne présente sur tout le continent australien. Des établissements sont aussi ouverts à Dubaï et dans quelques pays limitrophes. Une célébrité, Kylie Minogue, inconnue du couple, chanteuse, actrice et femme d'affaires australienne, sourit sur la page de couverture. Les regards se promènent alentours. Une dame apprécie lentement un café. Elle a positionné son caddy vers la table qu’elle occupe. En revenant des toilettes, André voit son mari tout exalté. Un déluge est en train de s’abattre sur le centre commercial. Les convives du café se regardent avec une admiration étonnée devant ce déferlement de la nature. La pluie fouette violemment les plexiglass légèrement opaques au faîte de la toiture de l’atrium. Les sonorités de l’orage qui gronde couvrent la musique d’ambiance et les bavardages. André et Patrick quittent le café, échangent un cordial signe de main avec la dame au caddy, descendent au niveau du Food Court et s’élancent dehors pour assister au déchainement des éléments ; le violent orage perdure. Des photos sont prises. Le couple se met ensuite en quête de la station de taxis du centre, repérée par Patrick sur Internet. Sur un étal, devant lequel il est passé plusieurs fois, André prend une carte du produit TurmeriX proposé à la vente. Le mélange en poudre d'herbes et d'épices permettrait de surmonter les douleurs musculaires et inflammatoires. Un garde de la sécurité, rencontré dans le parking inférieur, leur facilite la recherche de la station. Elle se situe tout proche du square où la clarté du jour a nettement baissé. Les décorations des arbres et des bâtiments se sont illuminées durant la généreuse et abondante radée qui continue de déverser les eaux du ciel sans se fatiguer. André et Patrick parviennent facilement à la station grâce aux indications reçues. Malgré un auvent qui protège efficacement l’accès aux taxis, ils sont trempés juste le temps de monter à bord d’un véhicule. Ils sont déposés quelques instants plus tard devant le Mercure. Georgina leur restitue leurs bagages et leur souhaite Bon voyage en français. L’orage oublie de s’arrêter. Le trajet pour joindre l’aéroport s’effectue à bord de la navette de l’hôtel.
La suite de l’après-midi se poursuit à la terrasse du café Giancarlo. Patrick sirote un thé Earl Grey. André œuvre sur l’ordinateur.
A dix-huit heures quinze, Patrick et André sont accueillis par une souriante jeune femme au guichet d’Air Asia pour l’enregistrement des deux valises cabine. La chance opère. Les places attribuées par l’ordinateur sont au tout premier rang. André aura de l’espace pour ses jambes. Le contrôle des bagages à main est effectué avec comme seul souvenir la facilité et la courtoisie des employés. Les deux voyageurs parviennent à la zone d’embarquement des vols nationaux. Ils décident de dîner au restaurant Dôme. Un clin d’œil pour celles et ceux qui savent qu’ils habitent dans un dôme en Haute-Savoie. Lily leur prépare deux grands cacaos chauds servis dans un verre. Elle les apporte à table avec deux parts d’apple pie. Le nom de la route Henry Wrigley Drive, qui effectue une boucle devant l’aéroport, est inscrit sur le ticket de caisse. La boisson chaude est excellente ; les deux parts de tarte aux pommes sont sweet, d’une douceur exquise. Deux coupoles représentant l’hémisphère sud coiffent la vaste salle animée au mobilier cosy un tantinet british. Le bois et le cuir sont à l’honneur.
Lily est saluée en quittant ce lieu de charme dont la vue donne sur le tarmac. Un appareil de la compagnie Air North va bientôt décoller à destination de McArthur River. André et Patrick se rendent dans la partie internationale de l’aéroport. Un formulaire de sortie du continent est rempli. Une question demande dans quel Etat le voyageur a résidé le plus longtemps. Celui du Queensland est coché. Un second contrôle des bagages est effectué. André entre dans un cylindre vertical vitré où il pose les pieds sur les marques au sol tout en levant les bras sur la tête. Patrick échappe à cette étape, toutefois, une agente vérifie avec une languette réactive s’il porte des explosifs. Le processus semble aléatoire et irrégulier. La vérification des passeports s’effectue en deux phases. Un scanner optique balaie le document et, après la prise d’une photo, la compare avec la pièce d'identité. Patrick et Lillian accueillent André pour un second contrôle de son passeport. Il sourit intérieurement car il décèle chez le jeune agent l’impossibilité de lire le français. Patrick est dispensé de cette seconde vérification.
Les deux voyageurs traversent la zone duty free, la zone en franchise de taxes située à dessein juste à la sortie des contrôles. Ils se rendent dans le Catalina Lounge où leur carte Priority Pass leur permet d’entrer et de bénéficier gratuitement des prestations du salon. André encore en appétit s’offre une bolée de risotto au curry agrémenté d’olives Kalamata et de quelques légumes grillés. Patrick grignote des abricots secs. L’Airbus A320 à destination de Bali, prévu à vingt heures dix, est annoncé avec du retard. André en profite pour œuvrer sur l’ordinateur. Patrick apprécie un thé noir tout en suivant sur un écran les informations liées au vol QZ541. L’appareil concerné atterrit avec une trentaine de minutes de retard sur l’horaire prévu. Le temps de débarquer les passagers, de vider la soute et de faire un plein de kérosène, une trentaine de minutes supplémentaires s’écoule. André et Patrick embarquent après vingt-et-une heures. Une moquette bleu ciel est foulée. Elle s’agrémente de ronds de couleurs sur la passerelle. Ils prennent place au premier rang à gauche. La vue offre de voir la porte du cockpit. Les passagers défilent. André observe distraitement les visages. Le steward se rend régulièrement  dans la carlingue. L’avion décolle et pénètre le manteau de la nuit. Le magazine de la compagnie est feuilleté. André retient un lieu à visiter en Espagne dans la région de Cadix. Le village aux façades blanches de Senetil de las Bodegas s’annonce être blotti partiellement sous un immense rocher. Lors de la descente vers Bali, le steward indonésien chausse une paire de lunettes noires, enfile une casquette et se munit d’une guitare. Une hôtesse tient le micro de la cabine et l’homme, devenu musicien, entame un concert où plusieurs chansons se succèdent au son de son ukulélé. Les personnes des premiers rangs sont subjuguées et enthousiastes comme en témoignent leurs applaudissements Les deux français sont aux premières loges. Des photos du concert improvisé sont effectuées. L’atterrissage approchant, l’artiste reprend son rôle de steward comme si de rien n’était.
L’avion atterrit à l’aéroport de Kedatangan International. La durée du vol oscille autour de deux heures quarante. Il est vingt-deux heures trente à Bali et minuit à Darwin. La journée sera longue pour André et Patrick. Une première file d’attente est intégrée pour le visa d’entrée en Indonésie. Sony tamponne le passeport d’André qui enlève à sa demande, avec un sorry,  son chapeau de paille acheté à Lautoka. Le couple se rend ensuite dans l’aire d’arrivée des bagages. Les valises tardent à sortir de la soute. Plus tard, une seconde file permet de remettre le formulaire d’entrée en Indonésie. Cinquante minutes plus tard, André et Patrick pénètrent dans le hall des arrivées. Parmi les chauffeurs alignés qui attendent les passagers, ils cherchent la pancarte où leur nom est inscrit. Un homme de petite taille est repéré. Les lettres sont nettement imprimées en majuscules. Le chauffeur de la navette est suivi dans le dédale de l’aéroport. Malgré l’heure tardive, la température est élevée, la chaleur est moite et humide. Le véhicule roule dans Bali encore très animée. Dormir semble être une occupation secondaire pour bien des personnes. Il passe devant l’attrayant complexe hôtelier Grand Inna Kuta. Quinze minutes plus tard, à vingt-trois heure quarante, André et Patrick sont déposés devant le Citadines Kuta Beach sur Jalan Pantai. Le conducteur est remercié une fois son bordereau validé par Gani, un séduisant jeune philippin qui accueille les deux français. Le studio numéro cent dix est attribué de plain-pied. Un dépôt de un million de roupies indonésiennes, non débité, est chargé sur la carte de crédit Amex en prévision des dépenses annexes du séjour.
Une fois dans leur chez eux à Bali, André et Patrick s’empressent à leur rythme de rejoindre Morphée pour une nuit écourtée…

































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