Les rites du début de matinée se déroulent tranquillement.
A l’issue du yoga des yeux, André, debout sur la véranda du bungalow située idéalement
au soleil levant, peut effectuer une salutation à l’astre en le regardant en
face tout en bougeant légèrement la tête pour éviter de fixer la boule de feu.
Un petit-déjeuner frugal est pris dans le coin cuisine. Patrick apprécie la
tranche de banana bread trempée dans
du café. André savoure trois dattes Medjool en croquant quelques arachides. Le
déroulement de la matinée est modifié. La chambre doit être libérée pour dix
heures.
Georgina, une séduisante jeune fille à la peau
rose des bébés, vêtue d’un corsage vert sapin décoré de cercles jaune paille,
accueille André et Patrick avec un charmant sourire. André lui trouve un air de
visage british. Elle leur fournit
l’adresse mail de l’hôtel. Depuis un ordinateur situé en face de la réception,
Patrick lui envoie le mail reçu hier soir d’Air Asia. Lors de l’impression des
deux fiches d’embarquement, elle reconnaît la langue française. Elle lance avec
un petit rire Je parle un peu le français.
Née à Darwin, Georgina a séjourné en Bretagne. Les bagages lui sont confiés
après un chaleureux remerciement pour son aide efficace.
Le couple se dirige ensuite vers l’aéroport pour
prendre un taxi qui le dépose au Casuarina
Square quelques kilomètres plus loin. Les onze heures approchent. André et
Patrick découvrent le centre commercial construit autour d’un square à la
végétation luxuriante agrémenté d’œuvres d’art. Une agréable boutique achalandée
pour tout ce qui concerne le thé est visitée. Du thé vert Matcha se décline
sous différentes préparations. Le labyrinthe des allées du complexe obéit à
l’imaginaire des architectes, le couple chemine au gré de sa fantaisie. Le
square est atteint. Une œuvre de Joel Mitchell
se dévoile. Réalisée à partir de bois d’eucalyptus, d’acier et de cuivre, elle
représente trois fleurs sur tige qui s’apparentent quelque peu à des tulipes.
Plus loin sur le square, une place circulaire, pavée de moellons en terre cuite,
bordée d’une petite dune de sable fin garnie de blocs de pierre mordorée, délimitée
par un mur ocre rouge peint d’une fresque au décor aborigène, captive les regards.
Au centre, une sphère en marbre noir ciselé et décoré de motifs monochrome pivote
à son gré en glissant sur l’eau d’une petite fontaine ronde dont elle occupe
toute la surface. L’effet est saisissant, la boule est chahutée par l’eau sous
pression sans jamais basculée de son support aquatique. Plus loin dans le
centre, un espace est garni des mêmes blocs de cette pierre mordorée. Elle
s’appelle Mudstone Porcelinite, une
roche du littoral du Territoire du Nord que l’on peut découvrir sur les
falaises et dans les zones maritimes baignée par les marées.
A midi, André et Patrick déjeunent dans le Food Court du centre Casuarina. Au comptoir Mint Leaf, aux saveurs indiennes, du riz
et deux variétés de légumes au curry sont choisis. Seul un règlement en espèces
étant accepté, un retrait est effectué dans un distributeur. Les mets sont
savourés dans l’atrium central commun ouvert sur l’étage supérieur. Le banc à
l’assise ergonomique, où Patrick et André s’installent côte à côte, est réalisé
dans un bois blond au touché soyeux. Le Territoire du Nord semble riche d’une
variété de bois endémiques. A divers endroits dans les allées du centre, ils
ont admirés les espaces de détente équipés de bancs, de tabourets ou de chaises
artisanaux réalisés dans des essences de bois locales par Pedro, un ébéniste d’art
de la région. L’espace est animé. Des mères asiatiques et leurs enfants se sont
donné rendez-vous autour d’une tablée disposée en enfilade. Un monsieur obèse
en chemise rouge et casquette bleu mange assidument en buvant un soda à la
marque connue mondialement. Deux jeunes filles mangent distraitement en bavardant
à la droite du couple. Des pauses dans les échanges leur permettent de pianoter
sur leur téléphone portable. Un beau jeune homme discute avec deux dames plus
âgées à une table plus éloignée. Il s’exprime en gesticulant des mains.
Après le repas, ils se rendent au niveau supérieur
au café Jamaica Blue, repéré en fin
de matinée. Martin prépare un cappuccino et un café Mocha pour Patrick. Avec un
sourire, il applique une remise de dix pour cent à André dont le motif de ce
geste lui échappe. Les breuvages sont sirotés à une petite table ronde au bord
d’une rambarde qui donne sur l’atrium central. Assis sur des cabriolets à
l’assise un peu dure, André et Patrick feuillettent tour à tour le magazine du
café. André est bluffé. Il pensait être dans un café local. En fait, il fait
partie d’une chaîne présente sur tout le continent australien. Des
établissements sont aussi ouverts à Dubaï et dans quelques pays limitrophes.
Une célébrité, Kylie Minogue, inconnue
du couple, chanteuse, actrice et femme d'affaires australienne, sourit sur la
page de couverture. Les regards se promènent alentours. Une dame apprécie
lentement un café. Elle a positionné son caddy vers la table qu’elle occupe. En
revenant des toilettes, André voit son mari tout exalté. Un déluge est en train
de s’abattre sur le centre commercial. Les convives du café se regardent avec
une admiration étonnée devant ce déferlement de la nature. La pluie fouette
violemment les plexiglass légèrement opaques au faîte de la toiture de
l’atrium. Les sonorités de l’orage qui gronde couvrent la musique d’ambiance et
les bavardages. André et Patrick quittent le café, échangent un cordial signe
de main avec la dame au caddy, descendent au niveau du Food Court et s’élancent dehors pour assister au déchainement des
éléments ; le violent orage perdure. Des photos sont prises. Le couple se
met ensuite en quête de la station de taxis du centre, repérée par Patrick sur
Internet. Sur un étal, devant lequel il est passé plusieurs fois, André prend
une carte du produit TurmeriX proposé
à la vente. Le mélange en poudre d'herbes et d'épices permettrait de surmonter
les douleurs musculaires et inflammatoires. Un garde de la sécurité, rencontré
dans le parking inférieur, leur facilite la recherche de la station. Elle se situe
tout proche du square où la clarté du jour a nettement baissé. Les décorations
des arbres et des bâtiments se sont illuminées durant la généreuse et abondante
radée qui continue de déverser les eaux du ciel sans se fatiguer. André et
Patrick parviennent facilement à la station grâce aux indications reçues. Malgré
un auvent qui protège efficacement l’accès aux taxis, ils sont trempés juste le
temps de monter à bord d’un véhicule. Ils sont déposés quelques instants plus
tard devant le Mercure. Georgina leur restitue leurs bagages et leur souhaite Bon voyage en français. L’orage oublie
de s’arrêter. Le trajet pour joindre l’aéroport s’effectue à bord de la navette
de l’hôtel.
La suite de l’après-midi se poursuit à la terrasse
du café Giancarlo. Patrick sirote un
thé Earl Grey. André œuvre sur l’ordinateur.
A dix-huit heures quinze, Patrick et André sont
accueillis par une souriante jeune femme au guichet d’Air Asia pour
l’enregistrement des deux valises cabine. La chance opère. Les places attribuées
par l’ordinateur sont au tout premier rang. André aura de l’espace pour ses
jambes. Le contrôle des bagages à main est effectué avec comme seul souvenir la
facilité et la courtoisie des employés. Les deux voyageurs parviennent à la
zone d’embarquement des vols nationaux. Ils décident de dîner au restaurant Dôme. Un clin d’œil pour celles et ceux
qui savent qu’ils habitent dans un dôme en Haute-Savoie. Lily leur prépare deux grands cacaos chauds servis dans un verre.
Elle les apporte à table avec deux parts d’apple
pie. Le nom de la route Henry Wrigley Drive, qui effectue une
boucle devant l’aéroport, est inscrit sur le ticket de caisse. La boisson
chaude est excellente ; les deux parts de tarte aux pommes sont sweet, d’une douceur exquise. Deux
coupoles représentant l’hémisphère sud coiffent la vaste salle animée au
mobilier cosy un tantinet british. Le
bois et le cuir sont à l’honneur.
Lily est saluée en quittant ce lieu de charme dont la
vue donne sur le tarmac. Un appareil de la compagnie Air North va bientôt décoller à destination de McArthur River. André et Patrick se rendent dans la partie
internationale de l’aéroport. Un formulaire de sortie du continent est rempli. Une
question demande dans quel Etat le voyageur a résidé le plus longtemps. Celui
du Queensland est coché. Un second contrôle
des bagages est effectué. André entre dans un cylindre vertical vitré où il
pose les pieds sur les marques au sol tout en levant les bras sur la tête.
Patrick échappe à cette étape, toutefois, une agente vérifie avec une languette
réactive s’il porte des explosifs. Le processus semble aléatoire et irrégulier.
La vérification des passeports s’effectue en deux phases. Un scanner optique
balaie le document et, après la prise d’une photo, la compare avec la pièce
d'identité. Patrick et Lillian accueillent André pour un second contrôle de son
passeport. Il sourit intérieurement car il décèle chez le jeune agent
l’impossibilité de lire le français. Patrick est dispensé de cette seconde
vérification.
Les deux voyageurs traversent la zone duty free, la zone en franchise de taxes
située à dessein juste à la sortie des contrôles. Ils se rendent dans le Catalina Lounge où leur carte Priority Pass leur permet d’entrer et de
bénéficier gratuitement des prestations du salon. André encore en appétit
s’offre une bolée de risotto au curry agrémenté d’olives Kalamata et de
quelques légumes grillés. Patrick grignote des abricots secs. L’Airbus A320 à destination de Bali, prévu à
vingt heures dix, est annoncé avec du retard. André en profite pour œuvrer sur
l’ordinateur. Patrick apprécie un thé noir tout en suivant sur un écran les
informations liées au vol QZ541.
L’appareil concerné atterrit avec une trentaine de minutes de retard sur
l’horaire prévu. Le temps de débarquer les passagers, de vider la soute et de
faire un plein de kérosène, une trentaine de minutes supplémentaires s’écoule.
André et Patrick embarquent après vingt-et-une heures. Une moquette bleu ciel
est foulée. Elle s’agrémente de ronds de couleurs sur la passerelle. Ils
prennent place au premier rang à gauche. La vue offre de voir la porte du cockpit.
Les passagers défilent. André observe distraitement les visages. Le steward se
rend régulièrement dans la carlingue.
L’avion décolle et pénètre le manteau de la nuit. Le magazine de la compagnie
est feuilleté. André retient un lieu à visiter en Espagne dans la région de Cadix.
Le village aux façades blanches de Senetil
de las Bodegas s’annonce être blotti partiellement sous un immense rocher.
Lors de la descente vers Bali, le steward indonésien chausse une paire de lunettes
noires, enfile une casquette et se munit d’une guitare. Une hôtesse tient le micro
de la cabine et l’homme, devenu musicien, entame un concert où plusieurs chansons
se succèdent au son de son ukulélé. Les personnes des premiers rangs sont
subjuguées et enthousiastes comme en témoignent leurs applaudissements Les deux
français sont aux premières loges. Des photos du concert improvisé sont effectuées.
L’atterrissage approchant, l’artiste reprend son rôle de steward comme si de
rien n’était.
L’avion atterrit à l’aéroport de Kedatangan International. La durée du
vol oscille autour de deux heures quarante. Il est vingt-deux heures trente à
Bali et minuit à Darwin. La journée
sera longue pour André et Patrick. Une première file d’attente est intégrée
pour le visa d’entrée en Indonésie. Sony
tamponne le passeport d’André qui enlève à sa demande, avec un sorry, son chapeau de paille acheté à Lautoka. Le couple se rend ensuite dans
l’aire d’arrivée des bagages. Les valises tardent à sortir de la soute. Plus
tard, une seconde file permet de remettre le formulaire d’entrée en Indonésie.
Cinquante minutes plus tard, André et Patrick pénètrent dans le hall des
arrivées. Parmi les chauffeurs alignés qui attendent les passagers, ils
cherchent la pancarte où leur nom est inscrit. Un homme de petite taille est
repéré. Les lettres sont nettement imprimées en majuscules. Le chauffeur de la
navette est suivi dans le dédale de l’aéroport. Malgré l’heure tardive, la
température est élevée, la chaleur est moite et humide. Le véhicule roule dans
Bali encore très animée. Dormir semble être une occupation secondaire pour bien
des personnes. Il passe devant l’attrayant complexe hôtelier Grand Inna Kuta. Quinze minutes plus
tard, à vingt-trois heure quarante, André et Patrick sont déposés devant le
Citadines Kuta Beach sur Jalan Pantai.
Le conducteur est remercié une fois son bordereau validé par Gani, un séduisant jeune philippin qui accueille
les deux français. Le studio numéro cent dix est attribué de plain-pied. Un
dépôt de un million de roupies indonésiennes, non débité, est chargé sur la
carte de crédit Amex en prévision des
dépenses annexes du séjour.
Une fois dans leur chez eux à Bali, André et Patrick s’empressent à leur rythme de rejoindre
Morphée pour une nuit écourtée…
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